Marc GUIOSE Psychologue clinicien

 


 

Le terme général de relaxation recouvre une multitude de méthodes. Certaines s’utilisent comme moyen thérapeutique, d’autres comme moyen prophylactique, d’autres encore pour le développement personnel. Il n’est pas dans notre propos de présenter de façon exhaustive ces différentes techniques, nous privilégierons une information générale sur la relaxation.

Nous développerons plus particulièrement les méthodes de référence (training autogène de Schultz, relaxation progressive de Jacobson), qui sont incontournables pour le néophyte ; les autres méthodes de relaxation étant, le plus souvent, une adaptation de ces dernières.

Qu’il soit clair que dans notre pensée, aucune technique ne nous parait moins bonne, ni meilleure qu’une autre. On pourrait dire qu’une méthode s’adapte ou non à l’attente, aux nécessités, aux capacités de celui qui l’expérimente. Somme toute, si toutes les méthodes peuvent se valoir, encore faut-il qu’elles soient judicieusement indiquées et correctement utilisées, par un professionnel qui puisse répondre correctement à la demande de la personne qui vient le voir.

 

Nous reprendrons ici la définition de R. Durand de Bousingen (1992) : «Les méthodes de relaxation sont des conduites thérapeutiques, rééducatives ou éducatives, utilisant des techniques élaborées et codifiées, s’exerçant spécifiquement sur le secteur tensionnel et tonique de la personnalité. La décontraction neuromusculaire aboutit à un tonus de repos, base d’une détente physique et psychique ».

On peut décrire deux grands types de méthodes de relaxation :

Premièrement, les méthodes utilisant l’auto-concentration et l’auto-hypnose. La méthode de référence est le training autogène de Schultz J.H. [2]. Cet auteur a eu l’idée d’induire les sensations de calme, de repos, de lourdeur, de chaleur qui caractérisent l’état hypnotique, afin d’amener des sujets à une décontraction psychique. On qualifie cette technique d’« auto-hypnose », laquelle est acquise par des modifications volontaires de l’état tonique, suggérées ou auto-suggérées. Nous décrirons succintement la méthode.

Celle-ci comporte deux cycles, l’inférieur et le supérieur. Nous ne développerons pas ce cycle supérieur qui est en réalité une psychothérapie. Le cycle inférieur, lui, correspond à l’apprentissage de la relaxation proprement dit. Il est composé d’un certain nombre d’exercices, des « stades », qui permettent de parvenir à la détente et d’obtenir une décontraction de tout l’organisme. Schultz préconise une quinzaine de jours pour chacun des stades proposés, bien que cette durée soit très approximative et dépende totalement du relaxé. Nous citerons ces stades pour information. L’induction au calme : le patient, les yeux fermés, cherche à se pénétrer de la formule « je suis tout à fait calme ».

L’expérience de la pesanteur : le patient se concentre sur la phrase, répétée cinq ou six fois, « je suis calme […] mon bras est lourd ». A ce moment de la relaxation, il est proposé au patient de s’entrainer deux-trois fois par jour pendant quelques minutes. Puis vient l’expérience de la chaleur : l’induction proposée est « mon bras est chaud », en ajoutant en fin de séance une formule globalisée « je suis tout à fait calme, mon corps est lourd et chaud ».

Les séances suivantes s’attachent au contrôle du coeur, « mon coeur bat calme et fort », au contrôle respiratoire, « je respire calmement […] je suis tout respiration ». Puis la chaleur au niveau de l’abdomen est recherchée, aidée par le relaxateur qui vient poser sa main au niveau du plexus solaire en induisant « mon plexus solaire est tout chaud ». Le premier cycle s’achève par un exercice au niveau du front, « mon front est agréablement frais ».

Nous abordons maintenant un autre grand type de méthodes qui sont dites neuro- musculaires à point de départ physiologique, dont le modèle de référence est la relaxation progressive de Jacobson E.. Selon lui, les émotions se traduisent par des contractions localisées dans diverses parties du système musculaire et viscéral.

Sa méthode de relaxation consiste à reconnaître ces tensions, qui entrent en jeu lorsque nos muscles se tendent, et à les contrôler. Son idée est qu’en diminuant ces tensions dites « résiduelles », on atténue l’impact émotionnel. Cet auteur conçoit l’utilisation de sa méthode tant comme un excellent moyen préventif contre les difficultés imposées par la vie moderne, que comme une thérapie pour soulager des troubles psychiques.

Cette relaxation, qualifiée de pédagogique par son auteur, implique un entrainement relativement long, pouvant durer de quelques mois à plusieurs années. Nous décrirons la méthode rapidement, laissant le lecteur approfondir par d’autres lectures que nous conseillons [3, 4, 5]. La cure peut être schématiquement séparée en deux parties : la relaxation générale et la relaxation différentielle. Le sujet commence par un repos de 10 minutes, allongé sur le dos.

Dans la relaxation générale, on fait mettre en tension un membre, « fléchissez l’avant bras sur le bras ». Tout en maintenant cette tension, on demande au sujet de ressentir les muscles contractés. Puis le sujet cesse l’effort et on lui demande de ressentir cette nouvelle sensation de relâchement musculaire. Le sujet répète cet exercice pendant 30 minutes. Ainsi, de séance en séance, on progresse à travers tout le corps, jusqu’à obtenir un contrôle global, une relaxation générale.

La seconde partie de la méthode, la relaxation différentielle, est définie comme « le minimum de contraction musculaire nécessaire pour l’exécution d’un acte, en même temps que la relaxation des muscles dont l’activité n’est pas indispensable pour la réalisation de cet acte ».

Ainsi après une relaxation générale en position couchée, le sujet poursuit en position assise. Puis il peut lire ou écrire mais en cherchant à garder cette sensation de relaxation qu’il a obtenu en étant allongé. Enfin le patient cherche dans la vie de tous les jours à utiliser un minimum de contraction pour effectuer ses actes quotidiens.

Ces deux méthodes ont ceci en commun que le but visé est essentiellement un relâchement du tonus musculaire, plus simplement dit, un relâchement des tensions musculaires pour créer un relâchement psychique ou mental. Mais l’une utilise l’auto- suggestion, l’autre est neuro-musculaire. Pour plus d’efficacité, pour mieux s’adapter aux personnes, des synthèses de ces deux méthodes ont été recherchées.

Nous en citerons une parmi d’autres, la Relaxation Staticodynamique (RSD) de Jarreau et Klotz [6]. Elle associe des exercices statiques qui s’inspirent de la méthode Schultz et des exercices en mouvement de la méthode Jacobson (relaxation différentielle). Là aussi, c’est l’apaisement tensionnel et émotionnel qui est recherché.

Parlons maintenant des prolongements qui ont été faits des méthodes Schultz et Jacobson, avec des modifications quant à leurs buts et à leurs applications.

Tout d’abord les méthodes à visée psychothérapique. Cette approche est le fruit de l’association entre la relaxation, inspirée pour l’essentiel du training autogène de Schultz, et la psychanalyse. Ce type de « relaxation analytique », dite « découvrante », est représentée par la rééducation psychotonique d’Ajuriaguerra J. [7] et la relaxation à induction variable de Sapir M. [8]. A travers ces relaxations, c’est la dimension relationnelle qui est favorisée ainsi que la verbalisation des éprouvés physiques et psychiques.

Le sens en est nettement psychanalytique car, en termes techniques, on peut dire qu’elles tiennent compte du transfert, et que les résistances sont analysées. De même, la fonction tonique de la relaxation est considérée comme une communication émotionnelle. C’est donc une véritable psychothérapie à médiation corporelle qui est proposée au sujet qui s’engage dans cette méthode.

Psychothérapie qui s’adresse plus particulièrement à des sujets pour lesquels parler est déjà une difficulté en soi, ou encore à des sujets souffrant de problèmes psychosomatiques, ou pour ceux dont l’expression de troubles psychologiques se fait à travers le corps (bégaiement, tic, douleur …). Enfin, cette approche peut être une aide psychologique précieuse pour des sujets ayant une maladie organique grave (cancer, SIDA …), ou dans les cas de douleur chronique.

La relaxation se voit utiliser également dans un but comportementaliste par l’école du même nom ou, selon le vocable anglais, behavioriste [9]. Ici, les méthodes de relaxation proposées n’ont pas une grande importance, bien que traditionnellement une préférence soit donnée à la méthode Jacobson et au Biofeed-back [10].

Cette dernière technique se caractérise par le fait que le sujet est branché à des appareils permettant d’enregistrer ses tensions musculaires. Dès l’apparition de ces tensions, le sujet en est informé par l’appareil, il cherche alors un état de relaxation afin de les éliminer. Ce circuit, contraction musculaire-information de l’appareil enregistreur-réponse du sujet pour apaiser la tension, réalise le biofeed-back.

La relaxation s’inscrit en thérapie comportementale dans une démarche de « désensibilisation systématique ». C’est-à-dire que le sujet vient avec un symptôme, le plus souvent des angoisses dues à une phobie ou des obsessions, et que le thérapeute va alors utiliser la relaxation pour agir directement sur le symptôme.

Le principe est le suivant : le sujet en état de relaxation se voit inviter à évoquer des situations progressivement anxiogènes ; l’angoisse suscitée atténue la détente, et le thérapeute intervient alors en aidant le sujet à se relaxer pour combattre l’angoisse.

Concernant la relaxation des enfants, deux méthodes majeures peuvent être citées, celle de Bergès J. [11] et celle de Wintrebert H. [12]. La méthode Bergès reprend les apports techniques de Schultz et d’Ajuriaguerra. Elle se pratique en cure individuelle ou en groupe. La prise en charge dure de six mois à un an, à raison d’une séance hebdomadaire. La méthode « activo-passive » de Wintrebert, quant à elle, tire son originalité du contact physique important entre le relaxateur et l’enfant. En effet, les inductions sont pour une grande part non-verbales.

Le thérapeute effectue des mobilisations lentes, régulières et monotones au niveau d’un bras ou d’une jambe, jusqu’à disparition de toute résistance ou participation active de l’enfant. Dans un second temps, lorsque tout le corps a travaillé passivement, on passe à une phase plus active.
Le thérapeute se contente d’indiquer à l’enfant par de légers contacts les parties de son corps qu’il doit relaxer, en accompagnant de quelques inductions verbales « Pense à ta main qui est calme, détendue […] à ton front qui est lisse, relâché […] ». Dans un troisième temps, l’enfant réalise lui-même les mouvements, qui comprennent : une élévation d’un membre, qui reste en contraction, puis relâchement, chute, repos etc.

On intègre dans cette dernière phase des exercices respiratoires. L’auteur préconise une prise en charge d’une séance par semaine, pendant au moins une année scolaire. Les indications de la relaxation pour l’enfant sont variées, allant des troubles psychomoteurs (instabilité, tics, troubles tonico-émotionnels …) et neuro-psychiatriques (névrotique …) à des troubles psychosomatiques, neurologiques et de déficiences sensorielles.

Pour terminer ce synopsis des formes de relaxation les plus typiques, il faut évoquer les approches conçues de façon plus empirique, en marge des méthodes académiques et universitaires, mais qui n’en sont pas moins intéressantes. Ces techniques se pratiquent souvent en groupe et n’ont pas de prétentions thérapeutiques clairement affichées, sauf lorsqu’elles sont utilisés à cet effet par un professionnel de la santé.

Elles s’apparentent à une gym douce et ont une fonction prophylactique et adaptative au stress de la vie de tous les jours. Prenons l’exemple de l’Eutonie d’ Alexander G. [13]. L’originalité de cette approche tient au fait que son auteur est une danseuse, une rythmicienne, influencée par des techniques corporelles artistiques, sportives ou à visée pédagogique. « Eutonie », selon le préfixe grec Eu, peut se traduire par « juste » ou « bonne » et tonos par « tension ».

Ce terme révèle tout le projet de cette méthode : obtenir une tension juste ou bonne, adaptée à la situation. Alors que la relaxation a pour but d’obtenir une équilibration et une baisse du tonus vers la détente, l’eutonie a pour objet de donner à l’intéressé la possibilité d’obtenir le tonus adéquat, non seulement à la situation de détente et de repos, mais à toutes les situations de la vie.

Cette technique fait se succéder des exercices dynamiques, en mouvement, certains presque gymniques, à des exercices statiques, où allongé sur le dos, au repos, le relaxé explore ses sensations, par une prise de conscience du corps. Souvent pratiqué en groupe, avec la possibilité de travailler deux par deux pendant la séance, cette méthode apporte, en plus du vécu de la relaxation, une expérience conviviale.

 


 

BIBLIOGRAPHIE

[1] Durand de Bousingen R., Geissmann P. (1968). Les méthodes de relaxation. Ed. Charles Dessart, Bruxelles.

[2] Schultz J.H. (1958). Le training autogène. PUF, Paris, 1974.
Concernant la méthode de relaxation progressive de Jacobson :
[3] Jacobson E. (1962). you must relax. Mc Graw-Hill Book Company, New York (Non traduit).
[4] Jacobson E. (1974). Biologie des émotions. Les bases théoriques de la relaxation. E.S.P., Paris.
[5] Jacobson E. (1980). Savoir relaxaer pour combattre le stress. Les éditions de l’homme, Montréal.
[6] Jarreau R. (1987). La dérente sensorielle en relaxation statico-dynamique. In Les relaxations thérapeutiques aujourd’hui. L’Harmattan, Tome II, Paris.
[7] Lemaire J-G. (1964). La relaxation. Petite bibliothèque payot, Paris.
[8] Sapir M. (1993). La Relaxation à inductions variables. La Pensée Sauvage, Grenoble.
[9] Wolpe (1976). La pratique de la thérapie comportementale. Masson, Paris.
[10] Journe B. (1988). Biofeed-Back, une relaxation objective. In Hissart M-J. Les relaxation thérapeutiques aujourd’hui. L’Harmattan, tome II, Paris.
[11] Bergès J., Bounès M. (1985). La relaxation thérapeutique chez l’enfant. Masson, Paris.
[12] Wintrebert H. (1986). La relaxation thérapeutique chez l’enfant. In Relaxation thérapeutique. Masson, pp80-86.
[13] Digelmann D. (1971). L’eutonie de Gerda Alexander. Edition du Scarabée, Paris. Brieghel-Muller G. (1979). Eutonie et Relaxation. Delachaux et Niestlé, Lausanne- Paris.

Pour une information générale et exhaustive nous renvoyons le lecteur au livre suivant : Hissard M-J. (1988). Les relaxations thérapeutiques aujourd’hui. L’Harmattan, Tome I et II.