Drôle d’idée que d’évoquer les phénomènes hallucinatoires en référence au rêve. Mon propos sera de montrer que si l’hallucination par définition est une « perception sans objet » dans une réalité phénoménologique, elle n’en est pas moins la perception d’un objet dans une réalité psychique. De sorte qu’il n’est pas rare de voir surgir des moments hallucinatoires en relaxation. De la même manière il sera fait mention du fantasme au regard de l’hallucination. Les propositions de ressentis corporel pouvant nourrir les fantasmes par une stimulation pulsionnelle. Quant aux suggestions par visualisations, elles peuvent être une surface de projection qui invite au fantasme. Mais surtout, les mécanismes hallucinatoires et fantasmatiques peuvent se comprendre à travers le rêve. La relaxation elle-même pouvant se rapprocher des techniques de rêve éveillé.

Un toucher halluciné

Ce paragraphe est motivé par les fréquentes descriptions de manifestations hallucinatoires cénesthésiques vécues en séance de relaxation. Ce phénomène est bien connu de nos confrères hypnothérapeutes, qui le voit souvent apparaître dans des situations dites de choix impossible. L’hallucination d’une main qui bouge est alors une tentative de résolution de cette double contrainte (double lien) qui est de bouger la main alors que la suggestion interdit tout mouvement. La situation en relaxation est tout autre et pourtant elle conduit aussi à ce même vécu hallucinatoire. C’est ce que j’appellerai une suggestion de situation, que je m’empresse maintenant de décrire.

Ces observations sont issues de la clinique auprès de patients suivis en consultation libérale aussi bien qu’en institution. Ces descriptions s’entendent également dans des groupes de formation à la relaxation. C’est ceux là que j’utiliserai pour cette illustration. Ces groupes sont constitués de personnes jeunes sans troubles physiques ou psychiques avérés. C’est un temps de la formation qui dure de cinq à six semaines, pendant lequel les participants savent

que les séances se composent d’une partie de relaxation verbale suivie de techniques de toucher et de mobilisations. Cependant, ils ignorent à quelle séance ils seront amenés à vivre cette expérience d’être touchés en état de relaxation. De sorte que sur vingt personnes, lors d’une séance je mobilise ou je touche simplement cinq d’entre elles, et ainsi de suite. Lors de l’échange verbal qui a lieu après la relaxation, il est fréquent d’entendre certains participants déclarer qu’ils ont senti que je les touchais, tout en demandant confirmation car il leur reste un doute. De fait, je n’ai pas été amené à toucher ces personnes. Elles décrivent les parties du corps touché avec la sensation de pression et de chaleur sur les membres. La plupart d’entre elles ajoutent combien elles épient mes pas dans la salle, cherchant à me localiser et se demandant si c’est leur tour lorsque j’approche. Il y a là une intensité émotionnelle faite de crainte, de curiosité et même d’espoir de goûter enfin à cette expérience. Au fil des séances, cette curiosité ne cesse d’augmenter chez ceux qui n’ont pas encore été touchés lorsqu’ils entendent les autres relater leurs éprouvés. Les autres, ceux qui ont vécu ce moment, décrivent également des perceptions étonnantes. Il n’est pas rare d’entendre dire que la trace de la main du relaxateur est toujours présente après son passage. Certains me demandant même si je ne suis pas resté toute la fin de séance avec ma main sur eux, bien qu’ils s’étonnent que je ne m’occupe que d’eux en oubliant les autres. Merveilleuse illusion qui permet de garder cette chaude présence tout-à soi !

Résumons-nous. Dans cette suggestion de situation, les ingrédients sont : l’incertitude, l’attente, la mise en rivalité – être touché en premier, c’est être préféré – avec un groupe constitué en majorité par des jeunes femmes et un relaxateur qui est un homme, lequel, je le rappelle, doit venir les toucher. Vous l’aurez compris, le désir s’accroît plus l’effet se recule ! Le transfert sur le personnage du relaxateur est fait de séduction, le lien libidinal s’attise proportionnellement à la distance qui s’amenuise, jusqu’à sentir sa chaleur, sa présence. Ne nous y trompons pas, il s’agit de transfert, au sens d’une réactualisation d’une histoire passée avec toute la subjectivité de son inscription dans le sujet. Les images qui accompagnent ces sensations sont des productions propres à chacun, qui n’ont rien à voir avec la réalité externe. Il est bien question de fantasmes, qui émergent dans un contexte qui les y invite.

Les thèmes énoncés sont multiples mais ils ont souvent à voir avec une douce présence, une froide absence ou une chaude sexualité. Les thèmes d’agression ne sont pas évoqués, pour la simple raison que je demande l’autorisation aux participants de les toucher. La sélection se fait d’emblée, puisque seuls les candidats qui ressentent un transfert positif acceptent cette expérience. Ceux qui refusent d’être touchés, et qui peuvent dire pourquoi, évoquent l’angoisse, la peur de l’intrusion et de l’agression sexuelle. Somme toute, le toucher agit avant, pendant et après. Ce que l’on peut entendre, c’est combien ces hallucinations et ces illusions sont l’expression d’un désir que l’on cherche à assouvir. Ce que j’appelle la suggestion de situation est une forme de supplice de Tantale qui réveille le manque, celui-là même qui demande à être comblé.

J’insiste pour parler de ces ressentis, qui sont souvent passés sous silence, car il y a de la honte et de la culpabilité chez le relaxé comme chez le relaxateur. Pourtant mon expérience auprès de patients rencontrés en service de psychiatrie, de patients ayant une maladie organique grave (cancer, sclérose en plaque …), de patients en libéral présentant diverses pathologies, ou d’étudiants au cours de leur formation, me montre combien ces sentiments forts s’expriment en relaxation, parfois jusqu’à l’hallucination. Je souhaite maintenant préciser ma pensée concernant l’hallucination au regard du désir.

Précisons certaines notions :

– Hallucination :

Le terme d’hallucination a été introduit par E. Esquirol (1838) qui le définissait comme « perception sans objet » et le distinguait du rêve et des illusions sensorielles.

Baillarger (1846) oppose hallucinations psychosensorielles1 aux hallucinations psychiques2. Ces dernières sont reprises par G. de Clérambault (1909-1934) dans l’automatisme mental3. Les derniers apports viennent de E. Régis (1900) qui distingue l’onirisme des hallucinations polysensorielles. (Lantéri-Laura, 2002)

– Hallucinations et images mentales (leur relation):
C’est la résurgence d’images mentales qui fournit le contenu hallucinatoire, l’imagerie

mentale étant une perception sans objet actuel. – Hallucinations et rêves (leur relation): Plusieurs degrés sont à considérer.

. Les hallucinations hypnagogiques qui surviennent à la période de transition entre veille et sommeil. Images sans scénario qui apparaissent de façon fragmentaire. Image de faces humaines, des images géométriques ou de paysages, parfois des images circulaires pouvant être récurrentes. Ces hallucinations hypnagogiques correspondent à des rêves non précédée du sommeil paradoxal.

. La rêverie hypnopompique s’installe lors du réveil spontané. Elle peut être élaborée et malaisée à séparer des images du sommeil paradoxal.

Confusion (définition) 2 exemples :

– Monsieur D : « je vais à mon concours hippique avec mon frère et mon père … » Lutte contre l’angoisse de mort ; contexte d’angoisse de la famille ; conflit entre mère et compagne ; Monsieur se réfugie dans le monde des hommes ; évite d’être là dans ce lieu où règne la mort …

– Madame L : « maman je ne veux pas aller à l’école … »
Mme ne veut pas « apprendre ». Ici l’école = soins palliatifs ; apprendre = découvrir ce qu’est la mort … difficile apprentissage.

1 Hallucinations psycho-sensorielles : hallucinations vraies (visuelles, olfactives, auditives, gustatives, tactiles, cénesthésiques)
2 Hallucinations psychiques : syndrome d’influence, voix intérieure, télépathie et automatisme mental
3 Automatisme mental : Organisation de phénomènes hallucinatoires conduisant le patient délirant à penser qu’une force extérieure s’est emparée de lui, lui imposant des pensées et des actes étrangers à sa volonté : devinement de la pensée par d’autres, écho de la pensée (« je pense que je suis con, con, con …), pensées étrangères qui lui sont imposées, lecture et commentaire de sa pensée et de ses actes, actes involontaires (tics,

spasmes), hallucinations cénesthésiques ( courant électrique, douleur …)

Une confusion mentale est évoquée chez un malade qui présente, de façon inhabituelle, un tableau à expression psychiatrique d’installation rapide. Il est hébété, obnubilé, égaré, perplexe et anxieux, il donne l’impression de ne pas comprendre ce qui se passe autour de lui. Il s’agite ou au contraire est mutique et stuporeux. Le tableau psychiatrique est marqué par le délire4 onirique: expérience délirante et hallucinatoire, très fluctuante. L’adhésion du malade est complète. On aura souvent des thèmes professionnels, terrifiants, ou érotiques.

Les accès confuso-oniriques sont un débordement de l’activité onirique sur la période de veille. Nous observons alors comment certaines hallucinations visuelles suivent un déroulement scénique analogue au rêve. Le délire confuso-onirique comporte une succession d’hallucinations visuelles, images discontinues mobiles, kaléidoscopiques, chaotiques, à thèmes variés érotiques, mystiques, très souvent professionnels, terrifiantes en cas de zoopsies. D’autres hallucinations ont des composantes sensorielles, auditives (voix, menaces), tactiles (électricité, agressions corporelles). Le confus adhère parfaitement à son délire, qui est donc hallucinatoire vrai. Il n’est pas rare que la conviction délirante persiste. Ce sont les idées fixes post-oniriques devenant parfois d’authentiques délires d’évocation de l’expérience onirique.

Rêve, hallucination, fantasme (définition)

En parlant d’onirisme une relation est faite entre hallucination et rêve. Pour reprendre l’expression de Régis E. (1900)5 qui s’est intéressé au délire onirique, nous parlerons d’ «un rêve agi ».

Tout de suite, par soucis de symétrie nous pouvons énoncer la définition du rêve telle que la propose S. Freud, à savoir « le rêve est la réalisation hallucinatoire du désir ».

Je m’inscris donc dans ce courant de pensée qui postule que les mêmes mécanismes psychiques sont à l’oeuvre qu’il s’agisse du délire confuso-onirique hallucinatoire ou du rêve.
Lesquels ne sont autres que des processus constamment en activité dans l’inconscient chez nous tous. Ils deviennent visibles et bruyants lors d’accès délirant ou hallucinatoire et il s’exprime couramment à bas bruit dans les rêves. Mais surtout, les uns envahissent le monde externe et les autres (image mentale, rêverie, fantasmes, rêves) restent clos dans le monde interne. Cette frontière, entre le dedans et le dehors, délimite deux mondes bien différents. Les règles de fonctionnement, les logiques sont différentes. D’où cette perplexité, cette incompréhension de la famille et des soignants lorsqu’il voit cette personne connue se transformer en un étranger de part ses attitudes, son comportement, son discours.

Cette personne devient un véritable « martien », un hors-monde, « à côté de ses pompes », il es là (physiquement) dans un monde parallèle (psychiquement) qui est invisible à la vue. En effet, le monde matériel qui définit un certain contexte temporo-spatial à partir duquel le discours est interprété n’a pas changé. Pourtant, tel un calque, le monde interne se superpose au monde externe. Quelle confusion !

Je ne peux m’empêcher de vous lire la description de l’onirisme par E. Régis (Op. Cit.). « C’est l’installation progressive d’un état de confusion et de rêve : d’abord la nuit, puis le jour et la nuit, marqué par des hallucinations et des illusions polysensorielles, où prédomine le visible, susceptible de se trouver modifiées par la suggestion ; de plus, c’est un rêve agi, où le patient réalise des ébauches de comportement, en rapport avec ce qu’il éprouve. Le domaine de l’expérience sensorielle est altéré globalement, les mots deviennent des images, les fleurs parlent, les odeurs s’écoutent, les objets se transforment les uns dans les autres … c’est un jeu permanent de métamorphoses, où tout se transmute en autre chose, et où les champs sensoriels glissent les uns dans les autres, sans plus aucune délimitation précisément ressentie » (G. Lantéri-Laura, 2002).

Ecoutez cette séquence de relaxation :
« Vous êtes bien sur votre nuage blanc. Vous survolez un champ de fleurs qui vous fait entendre toute la musicalité de ses couleurs que vous respirez à plein nez. Couleurs enivrantes entêtantes, qui remplissent vos sens et vous amène vers des pensées colorées, des formes qui se construisent, des images qui apparaissent. Vous les voyez, vous les souhaitez et votre nuage vous y amène. Enfin vous vous posez délicatement, avec toute la douceur dont est capable de prodiguer votre nuage, toute la saveur qu’a pu vous procurer votre voyage. Vous êtes arrivé, vous êtes là où vous vouliez être, vous êtes bien. »

L’hallucination primitive

Freud se réfère à l’hallucination dès le début de son oeuvre8 . Il l’utilise sous la forme d’un concept (hallucination primitive), qu’il considère comme une manifestation universelle, fondatrice de la vie psychique, et plus particulièrement des représentations mentales.

Il décrit l’incapacité du nourrisson à faire face aux états de tension d’origine interne (le prototype en étant la faim) et en étudie les conséquences. La faim provoque chez l’enfant une modification interne (tension) qu’il manifeste par ses cris, son agitation etc., ce qui provoque la venue de la mère (compréhension mutuelle). Grâce à cette compréhension mutuelle la mère peut répondre par une action spécifique qui satisfera l’enfant (exple : l’alimentation). Cette satisfaction du besoin permet la décharge de la tension (plaisir).

 

Cette expérience de satisfaction s’inscrit chez l’enfant sous la forme de trois éléments :

  1. la décharge de la tension (plaisir) ;
  2. l’investissement de la perception de l’objet (la mère qui a permis la décharge)
  3. après avoir vécu l’action spécifique, déclenchement d’un réflexe (succion, déglutition).

Ces liens associatifs entre ces phénomènes fonctionneront désormais comme modèle pour l’appareil psychique en construction. L’hallucination primitive est ce phénomène par lequel se constituent les premières représentations mentales (premiers investissements de traces mnésiques laissées par l’expérience de satisfaction). De même, tout nouvel état de tension (ou de « désir ») conduit à la réactivation simultanée des deux « images mnésiques » : de l’objet (mère) et du réflexe (succion). Freud écrit : « cette réaction fournit tout d’abord quelque chose d’analogue à une perception, c’est à dire une hallucination […] L’enfant hallucine le sein ».

Cette hallucination dite primitive est importante dans la constitution du psychisme humain et préside à la naissance du désir. Le désir procède du réinvestissement de l’image mnésique initialement associée à la satisfaction. Tout porte à croire que dans l’état primitif du psychisme

Pour Freud S., les états de tension et de décharge sont étroitement liés à l’existence et à la capacité pour le psychisme humain de se représenter un « objet » capable de comprendre la demande du nourrisson et d’y apporter une réponse adéquate.

1- Il n’y a d’hallucination qu’au sein de la relation à l’autre, que cet autre soit un proche, ou un thérapeute.

2- L’hallucination n’est pas un phénomène spécifique aux psychoses.
Il peut se présenter comme des épisodes fugaces chez le névrosé et l’homme dit sain. Nous savons que le rêve est notre hallucination quotidienne.

Le désir

De cette première expérience d’hallucination naît le désir. Il est pour certains auteurs comme J.D. Nasio à l’origine de toute hallucination.

Le premier facteur dont il faut tenir compte dans une manifestation hallucinatoire c’est le désir non-conscient du sujet.

Entendons-nous, quand je dis désir je veux d’abord dire état de manque, état de privation et de douleur qui favorise et suscite en compensation la création d’un produit psychique nouveau.
L’hallucination est une réponse à un état douloureux de désir. Je tiens à souligner que l’état désirant, l’état de manque est à la base de l’expérience hallucinatoire. La

l’accomplissement du désir aboutit à l’hallucination, c’est à dire à une

répétition de la perception qui se trouve liée à la satisfaction du besoin.

L’hallucination primitive est

donc toujours l’hallucination d’un objet, en ce sens que la sensation qu’elle implique

tenterait de reproduire le plaisir que l’être humain a pris avec un objet.

formule consacrée est la suivante : « l’hallucination est un mode dans lequel le

désir se réalise ». Le désir autrement dit est un état de tension psychique et interne qui prétend se résoudre par une réponse virtuelle, une décharge virtuelle qui peut atténuer la tension mais ne l’écoule pas véritablement. Cette tension est toujours là. Or comme le désir est toujours insatisfait, nous disons que l’hallucination est la réalisation d’un désir insatisfait.

Moi, désir et hallucination

Le Moi

Peut être envisagé comme la part la plus externe de l’appareil psychique, que nous désignons comme le système Pc-Cs. Ce système est tourné vers le monde extérieur, il fournit les perceptions qu’on en a, et permet le phénomène de la conscience. C’est l’organe sensoriel de tout l’appareil, réceptif aux excitations venues de l’extérieur, mais aussi à celles parvenant de l’intérieur de la vie d’âme. Le moi a pour tâche de représenter le monde extérieur auprès du ça. Le moi, pour accomplir cette fonction, doit observer le monde extérieur, en consigner une fidèle reproduction dans les traces mnésiques de ses perceptions et tenir à distance ce qui est adjonction d’excitation interne dans ces images du monde extérieur. Le moi a détrôné le principe de plaisir par le principe de réalité. Le moi est à l’origine de la représentation du temps. Le moi se caractérise par sa propension à la synthèse de ses contenus, au regroupement et à l’unification de ses processus psychique.

Par l’hallucination, le Moi (l’appareil psychique) cherche à résoudre la tension du désir, non pas en intensifiant l’image-souvenir, mais en utilisant un moyen trop violent et excessif : le rejet de l’image à l’extérieur, au dehors. Ce mouvement désespéré du Moi est une tentative de se débarrasser de la douleur pénible du désir ; on peut même dire que c’est là une tentative de guérison, une tentative malheureuse d’auto-guérison. Qu’est-ce donc alors que l’hallucination en regard du Moi ? L’hallucination est le retour du dehors sous la forme d’une image perçue, acoustique ou visuelle, de la représentation du désir pénible qui a été expulsé hors du Moi.

Alors, en quoi la vision d’un loup aux dents acérées est-elle la représentation d’un désir … ? Peut être faut-il voir dans le loup un symbolique phallique désiré et tellement crainte (elle est bonne à croquer … pour voir le loup il faut en chercher la queue …).

Nous pouvons conclure que l’hallucination est l’expression clinique d’une défense du Moi contre la douleur du désir. Expression d’une lutte du Moi contre le désir.

 

L’hallucination clinique et le modèle de la régression

La notion de l’hallucination primitive constitue aussi un modèle pathogénique pour les hallucinations au sens clinique. La notion de régression étant le fil conducteur de cette approche.

Dans l’interprétation des rêves9 Freud expose la notion de régression. Un modèle de l’appareil psychique à partir de l’arc réflexe y est développé. L’appareil composé par ces systèmes psychique a une direction. Toutes les activités psychiques vont des stimuli (internes ou externes) vers des innervations. L’appareil a donc une extrémité sensitive et une extrémité motrice. Le processus psychique va du perceptif vers le moteur.

Grâce à ce modèle Freud associe dans une même théorie l’hallucination et le rêve. En état normal de vigilance la direction va du pôle sensitif vers le pôle moteur, différents systèmes d’autoprotection étant mis en place (« censures ») pour que les traces mnésiques des apports sensoriels passés ne soient jamais réinvesties par le mouvement excitateur. Mais en état de sommeil, les résistances (la censure) fléchissent, tandis que de l’autre côté la décharge motrice est abolie. C’est grâce à ces deux conditions que l’excitation va prendre un chemin rétrogrédiant. Le rêve a un caractère « régrédient ».

Grâce à cette marche régrédiente de l’excitation au cours du sommeil le souvenir acquière une reviviscence avec toute la force de la perception initiale, c’est à dire une reviviscence hallucinatoire. Il s’agit là du mécanisme de formation du rêve : « Nous appelons régression le fait que dans le rêve la représentation retourne à l’image sensorielle d’où elle est sortie un jour ». Selon cette conception le rêve est une hallucination normale, quotidienne. Freud maintiendra ce modèle qui postule une similarité des mécanismes du rêve et de l’hallucination.

Les psychanalystes anglais suivent cette voie d’approche et mettent l’accent sur l’envahissement des processus secondaires par les processus primaires. Ils décrivent les états psychotiques en terme de régression et de faiblesse du Moi, puisque c’est à cette formation qu’est dévolue la prise en compte du « principe de réalité » par opposition au principe de plaisir. Certains auteurs s’exprimant de la sorte : «le but de l’hallucination n’est pas une réminiscence, mais la conceptualisation et la résolution des conflits du moment, un processus très similaire à celui du rêve.». Ici l’hallucination apparentée au processus du rêve est comprise selon le modèle général de la régression.

En relaxation lorsque transparaît une hallucination ou un fantasme il s’agit de la réminiscence de l’objet du désir et, dans une tonalité Oedipienne, l’objet du délit. D’où les angoisses qui peuvent apparaître à cette occasion.

Fantasme

Traduction de l’allemand « Phantasie » inventé par Sigmund Freud, compromis entre deux termes existants : « phantasme » (soit hallucination) et « fantaisie » (soit, une grande capacité à imaginer).

 

Définition

J. Laplanche et J.B. Pontalis [1] traitent longuement du fantasme et le définissent comme un

« scénario imaginaire où le sujet est présent et qui figure, de façon plus ou moins déformée par les processus défensifs, l’accomplissement d’un désir et, en dernier ressort, d’un désir inconscient ».

Le fantasme est une activité psychique qui s’analyse en un scénario imaginaire où le sujet est présent soit comme acteur, soit en tant que spectateur. Celui qui fantasme peut y intégrer des personnes plus ou moins familières bien que non nécessairement reconnues comme telles. Le fantasme figure, de façon plus ou moins déformé par les mécanismes de défense, l’accomplissement d’un désir inconscient. Il est une forme d’activité de pensée soumise au principe de plaisir, comme le sont le rêve et l’hallucination. Il oriente les conduites de chacun et peuvent se traduire par des symptômes. Ceux-ci mettent en scène un conflit entre un désir sexuel et sa défense.

Le fantasme se comprend comme une élaboration10 dérivée de plusieurs éléments, mettant en jeu différentes pulsions inscrites dans l’histoire du sujet. Le fantasme est formation de compromis, il élabore différents matériels, dont certains sont conscients et d’autres non. Mais certains fantasmes demeurent inconscients.

Le fantasme peut témoigner d’une fixation de la sexualité à un stade psychosexuel, comme le stade oral ou le stade anal. De ce point de vue, il est résultat d’une régression.

La capacité à fantasmer signe une certaine normalité psychique : on peut soupçonner chez les patients psychosomatiques une défaillance de la fonction fantasmatique, repérée sous forme de pensée opératoire. Le fantasme permet ainsi une régulation psychique des désirs inconscients, nécessaire à la bonne santé mentale.

Chez Melanie Klein, l’ensemble de la vie psychique ne saurait être compris que comme fantasmatique. Le fantasme étant : la représentation mentale de la pulsion.

Historique de la découverte freudienne

Fantasme est un terme utilisé par FREUD, d’abord dans le sens courant que lui donne la langue allemande (fantaisie ou imagination) puis comme concept à partir de 1897. C’est à cette date qu’il abandonne la théorie de la séduction au profit de celle du fantasme bien que dès ses “ Etudes sur l’hystérie ”, il traitait déjà des manifestations fantasmatiques des hystériques. Cependant, cet abandon de la théorie de la séduction laisse FREUD désemparé; il n’arrive pas à relier sexualité infantile, Œdipe et fantasme pour aboutir à une conception aboutie du développement psychosexuel.

Il met alors en place le concept de réalité psychique ce qui le conduit à distinguer entre la réalité matérielle, la réalité de ce qui l’appelle “ les pensées de transition et de liaison ” et la réalité psychique proprement dite, noyau irréductible du psychisme, registre des désirs inconscients dont le fantasme est “ l’expression dernière et la plus vrai ”. L’effort de FREUD et de toute la réflexion psychanalytique consiste à rendre compte de la stabilité, de l’efficacité, du caractère organisé de la vie fantasmatique du sujet. Dans cette perspective, il dégage des modalités typiques de scénarios fantasmatiques, tel que, par exemple, le roman familial. Les fantasmes typiques retrouvés par la psychanalyse amène FREUD à postuler l’existence de schèmes inconscients qui transcendent le vécu individuel, et serait héréditairement transmis: les fantasmes originaires (également traités plus loin).

Le désir premier: Wunsch

Un moment déterminant dans l’élaboration théorique du fantasme chez FREUD fut sa découverte du caractère imaginaire (au sens de “ produit par l’imagination ”) des traumatismes rapportés par ses patients comme causes de leurs difficultés actuelles. Ce qui lui était présenté comme souvenirs s’avérait n’avoir qu’un rapport relatif avec la réalité et même parfois, n’avoir de réalité que psychique. Il en déduisit qu’une force inconsciente poussait l’homme à remodeler son expérience et son souvenir: il y vit l’effet d’un désir premier; le Wunsch. Ce Wunsch était une tentative de reproduire, sur un mode hallucinatoire, les premières expériences de plaisir vécues dans la satisfaction des besoins organiques archaïques. Par la suite, FREUD dut constater que la répétition de certaines expériences suscitant le déplaisir pouvait aussi être recherchée et cela pour le plaisir qu’elle procurent en soi même du déplaisir et des souffrances qu’elles impliquent.

Les désirs sexuels

Le fantasme n’est pas seulement l’effet de ce désir archaïque, il est aussi la matrice des désirs actuels. Les fantasmes archaïques inconscients d’un sujet cherchent en effet une réalisation au moins partielle dans la vie concrète du sujet. Ainsi, ils transforment les perceptions et les souvenirs, ils sont à l’origine des rêves, des lapsus et des actes manqués, ils induisent les activités masturbatoires, ils s’expriment dans les rêveries diurnes, ils cherchent à s’actualiser, de façon déguisée, par les choix professionnels, relationnels, sexuels et affectif du sujet.

Le roman familial

Le roman familial est une activité fantasmatique inconsciente qui se révèle à l’analyse et qui s’apparente aux rêves diurnes; celui-ci, dit FREUD, “ corrige l’existence ” et vise deux objectifs, le désir et l ’ambition, auxquels le roman familial satisfait lui même. D’une part en effet, il sépare, dans le fantasme, le père et la mère, permettant ainsi l’accomplissement d’une partie des désirs œdipiens. D’autre part, il réalise les souhaits de réussites sociales en s’inventant une autre famille que la sienne propre et à s’imaginer fils de prince, de roi, de riche… Le point de départ de ce processus est la compréhension par l’enfant de la différence des sexes. Certes l’enfant pense qu’il est le fils de sa mère, mais son père ne peut être le vrai, d’ou l’invention d’une autre famille. L’un des bénéfices de cette opération est d’ouvrir la possibilité d’inceste sur des sœurs qui du même coup sorte du réseau de l’interdit de l’inceste.

Les fantasmes originaires

Les fantasmes originaires sont des structures fantasmatiques que la psychanalyse retrouve comme organisant la vie fantasmatique, quelle que soient les expériences personnelles du sujet; l’universalité de ces fantasmes s’explique, selon FREUD par le fait qu’ils constitueraient un patrimoine transmis phylogénétiquement. FREUD (1915) “ Je nomme fantasmes originaires ces formations fantasmatiques, observations du rapport sexuel des parents, séduction, castration… ” Ces fantasmes se rencontrent de façon très générale chez les êtres humains, sans qu’on puisse en chaque cas invoquer des scènes réellement vécues chez l’individu. FREUD appellerait donc de ce fait une explication phylogénétique où la réalité reprendrait son droit; ainsi la castration aurait-elle été effectivement par le père dans le passé préhistorique de l’humanité. FREUD (1915) “ Il est possible que tous les fantasmes qu’on nous raconte aujourd’hui en psychanalyse aient été aux temps jadis, aux temps originaire de la famille humaine, réalité, et qu’en créant des fantasmes, l’enfant comble seulement à l’aide de la vérité préhistorique, les lacunes de la vérité individuelle ”. Ainsi dans la scène originaire, c’est l’origine du sujet qui est figurée, dans les fantasmes de séduction, c’est l’émergence de la sexualité, dans les fantasmes de castration, c’est l’origine de la différence des sexes.

L’interprétation du rêve,
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Freud soutient donc sept thèses

  1. 1. Le rêve, malgré la multiplicité de ses espèces, est un état mental assez unitaire pour être conceptualisé. Et les antinomies des théories qui s’y sont essayées admettent une solution synthétique, qui rend compte autant du rôle du corps dans la formation du rêve que de son caractère irréductiblement psychologique. Pour parvenir à cette solution, il faut moins des faits empiriques nouveaux sur le rêve, qu’une théorie de l’interprétation, puis une théorie de l’esprit, que Freud fournit pour la première fois.
  2. L’association libre des « idées incidentes » lors du récit du rêve est un moyen d’exploration nécessaire et suffisant du matériel onirique. Ni la multiplicité des connexions possibles entre représentations (« surdétermination »), ni les liens affectifs qui unissent le rêveur au praticien auquel il se raconte (« transfert ») ne constituent un obstacle, au contraire. Les résultats de cette méthode ne sont donc sujets ni au hasard ni à la suggestion.
  3. L’essence du rêve est d’accomplir un désir, ou du moins, une tentative pour l’accomplir. L’état du corps ou de l’esprit fournit juste l’occasion matérielle de son expression dans le rêve. Ce désir est sexuel, infantile, égoïste et inconscient.
  4. Il faut distinguer le « contenu latent » et le « contenu manifeste » du rêve. Entre les deux, sauf parfois chez les enfants, prend place une déformation exigée par la « censure » interne au rêveur, dont la cause finale est un autre désir « préconscient » du Moi de rester endormi, et d’échapper à l’angoisse (surtout sexuelle). On peut spécifier les opérations en jeu dans cette déformation, où l’expression symbolique du désir joue un rôle crucial, confirmé par d’autres données, psychopathologiques et anthropologiques. Les antinomies des théories traditionnelles découlent des multiples effets de ce « travail du rêve ».
  5. L’opposition manifeste / latent implique que l’esprit ait une part inconsciente. De celle-ci resurgissent les désirs refoulés par le Moi. Ce refoulement dans l’inconscient révèle une dynamique des rapports de force, entre affects comme entre représentations. Les rêves sont donc des « formations de compromis » entre ces forces en conflit, et ils sont construits de façon analogue aux symptômes névrotiques.
  6. On peut construire une explication naturaliste (i.e. causale) du processus de déformation en quoi consiste l’action de l’inconscient, si le psychisme est conçu sur le modèle de l’arc réflexe. La thèse 5. est donc réductible à une hypothèse neurophysiologique.
  7. Non seulement les rêves des névrosés sont interprétables, mais par les prémisses 2., 3. et 6., la solution à l’énigme de leur signification cause la résolution des symptômes, pourvu qu’il y ait reviviscence affective des contenus subjectifs en jeu. Le rêve névrotique avère du coup la structure hypothétique du psychisme, et confirme la théorie du rêve normal. La symptomatologie hystérique spécifie enfin quelle type de causalité joue dans l’appareil y , ce qui lie substantiellement l’interprétation du rêve à la cure psychanalytique.

 

De quoi est fait le rêve ?

« Le rêve est un accomplissement de désir […] L’activité intellectuelle qui le construit est une activité élevée et compliquée. » […] « Le rêve est l’accomplissement (déguisé) d’un désir (réprimé, refoulé) ».

D’où vient alors le sentiment d’étrangeté lié au souvenir du rêve ? Comment les cauchemars peuvent ils être compris comme l’expression d’un désir ? Il faut distinguer le contenu manifeste, c’est à dire apparent, du rêve qui s’oppose au contenu latent, souvent masqué en première analyse. On touche ici la première caractéristique du rêve qui est la déformation, une transformation nécessaire pour permettre au désir refoulé, d’affleurer à la conscience, en échappant à la censure.

Dans son contenu manifeste, le rêve utilise souvent des éléments provenant du vécu du jour précédent, mais plutôt ce qui paraît accessoire et sans intérêt que ce qui paraît important. Ces éléments récents servent de support ou de prétexte au rêve. Ils semblent liés d’une façon ou d’une autre à l’évènement qui a réellement provoqué le rêve. Si plusieurs évènements capables de provoquer le rêve co-existent au cours de la même journée, le travail du rêve parvient à les unir en une situation unique.

« Il y a dans le travail du rêve une sorte de nécessité qui unit tous les stimuli qui en sont la source en un tout. »

Dans le rêve apparaissent également des souvenirs et impressions d’enfance qui paraissent anodins et que l’on croyait oubliés à l’état de veille. Par exemple, on visite en rêve des lieux qui ont été visités dans l’enfance. Des souvenirs datant de la petite enfance (avant trois ans) remontent à la surface. Les pulsions infantiles se manifestent dans le rêve.

Le travail du rêve

Pour analyser le contenu latent (caché) du rêve à partir de son contenu manifeste (apparent), il faut rechercher les relations existant entre ces deux contenus. Ce sont deux exposés des mêmes faits mais dans des langues différentes. L’une est la traduction ou transcription de l’autre. Il s’agit donc d’une forme d’écriture hiéroglyphique à interpréter. Le rêve est un rébus, il ne faut pas s’attacher à la réalité ou la vraisemblance des images prises séparément mais à la signification globale de chaque élément.

Le travail du rêve : la condensation, le déplacement, les procédés de figuration, le problème de la figurabilité, la symbolique, calculs et discours, absurdité du rêve.

La condensation

« Cela consiste à représenter par un seul élément du contenu manifeste une multiplicité d’éléments (image, représentation…) du contenu latent. Inversement, un seul élément du contenu latent peut être représenté par plusieurs éléments du contenu manifeste. » (Laplanche et Pontalis).

Le rêve est pauvre, laconique, par rapport à l’immense richesse des pensées du rêve. Si la transcription d’un rêve couvre une demi-page, il en faut plusieurs pour explorer l’ensemble de ses significations. Et encore, on n’est jamais sûr de l’avoir interprété complètement. On a souvent la sensation d’avoir rêvé beaucoup plus que ce dont on se souvient.

L’analyse des éléments du contenu du rêve fait naître un grand nombre d’évocations et d’associations d’idées. Il faut comprendre que ces associations d’idées ont agi déjà pendant le sommeil et contribué à la formation du rêve. La preuve en est qu’au décours des associations d’idées faites à l’état de veille lors de l’interprétation, on retombe sur un élément présent dans les images du rêve. Le rêve procède par condensation et par omission. Un petit nombre seulement des pensées du rêve sont représentées en images. « Non seulement les éléments du rêve sont déterminés plusieurs fois par les pensées du rêve, mais chacune des pensées du rêve est représentée par plusieurs éléments. Des associations d’idées mènent d’un élément du rêve à plusieurs pensées, d’une pensée à plusieurs éléments. » Le rêve procède par jeux de mots, il utilise la littérature, la poésie, les locutions populaires, l’euphonie, il invente des mots. Les personnages empruntent des caractéristiques à divers figurants. Parfois, dans le rêve apparaît un mot employé dans un sens figuré. Les discours reconnus comme tels dans le rêve sont souvent des fragments de discours réels, ils représentent la situation dans laquelle le discours

a été prononcé. Parfois une phrase du rêve fait allusion à une seconde phrase associée dans le vécu réel, mais qui n’a pas été prononcée.

La condensation n’est pas moins à prendre en considération dans l’approche de certains symptômes. Le couteau qui déclenche une réaction phobique peut ainsi condenser les significations de pénétration, de meurtre, de castration: certains organes du corps, ou les mots qui les désignent, peuvent condenser plusieurs significations (la tête, notamment). Qu’un  » coup au coeur  » ne puisse se manifester que par une sensation d’arythmie cardiaque, cela peut illustrer schématiquement l’intervention combinée de la condensation et du déplacement dans la manifestation du symptôme.

La condensation présente aussi le paradoxe d’apparaître, d’un côté, comme un produit de la censure et, de l’autre, comme une  » ruse  » permettant de ne pas y être soumis. Seul importe le déploiement associatif du point nodal – image composite ou néologisme.

Déplacement

« Fait que l’accent, l’intérêt, l’intensité d’une représentation est susceptible de se détacher d’elle pour passer à d’autres représentations originellement peu intenses, reliées à la première par une chaîne associative. »(Laplanche et Pontalis).

Les associations d’idées dévoilées lors de l’analyse peuvent sembler au non initié des interpolations habiles et opportunes. Elles représentent en fait la liaison entre le contenu du rêve et les pensées du rêve. Le décalage entre le rêve et ses pensées résulte d’un déplacement, d’une déformation. Le

déplacement a lieu sous l’influence de la censure. Vient ici une nouvelle condition à laquelle doivent satisfaire les éléments qui parviennent dans le rêve: il faut qu’ils aient échappé à la censure.

La notion de déplacement est antérieure à la théorisation du rêve ; elle est en fait contemporaine des toutes premières approches de la psychologie des névroses. Cette notion est essentielle pour comprendre la particularité  » psychique  » du symptôme : ce dernier n’est le plus souvent pas  » en face  » de l’origine de la souffrance, ni en lien direct avec ses causes – à la différence de la plupart des symptômes  » corporels « . Cette notion est apparue devant la nécessité clinique de prendre en compte une certaine dissociation entre les facteurs dits  » quantitatifs « , les affects, et les facteurs dits  » qualitatifs « , les représentations psychiques.

Dans la clinique la plus courante, on comprendra par exemple la constitution d’une phobie comme le résultat d’un déplacement de l’angoisse intérieure (d’autant plus pénible à vivre qu’on ne saurait la rapporter à rien) sur un  » objet  » du monde extérieur (ainsi, les instruments tranchants ou tel petit animal) ou sur une situation objectivable (ainsi, un espace clos ou un espace trop ouvert), qui permet de  » qualifier  » et de circonscrire l’angoisse à la situation ou d’en rapporter (faussement) le déclenchement à l’apparition de l’objet.

La métonymie et la métaphore

Roman Jakobson a su établir un parallèle linguistique entre les mécanismes inconscients, déplacement et condensation, et les figures réthoriques de la métonymie et de la métaphore. Jacques Lacan a  » importé  » ce parallèle en donnant un véritable statut psychanalytique à la métaphore (condensation) et à la métonymie (déplacement).

Métaphore

La métaphore est la désignation d’un objet par un autre. Par exemple un rêve de ballons qui signifierait désir de seins. La condensation, dans le rêve, accumule plusieurs éléments en élément manifeste, qu’il faudra analyser afin de mettre à jour plusieurs associations inconscientes.

Métonymie

Selon une approche structuraliste, Jacques Lacan présente le déplacement comme métonymie ; ce mécanisme s’y saisit comme définissant le tout par l’accessoire. En effet, déplacer la valeur des représentations, déplacer le sens sur le détail sans importance prend bien, en fin de compte, l’aspect d’une figure de style.

La métonymie (du grec metônumia, « changement de nom ») est une figure de rhétorique par laquelle un concept est dénommé à partir d’un mot désignant un autre concept. Il existe donc une relation obligée comme, par exemple, la cause pour l’effet, la partie pour le tout, ou le contenant pour le contenu.

La métonymie remplace un mot A par un mot (ou une courte expression) B :

  • A «englobe» souvent B ou le contraire (les grammairiens l’appellent alors « synecdoque »), mais il peut n’y avoir qu’un rapport logique entre A et B.
  • A n’est pas explicité (il a disparu : il est remplacé par B)
  • de même, la relation entre A et B n’est pas explicitée
  • en outre, il n’y aucun mot-outil signalant l’opération.

La métonymie est très fréquente, car elle est « économique » : elle permet une expression courte et frappante. Il s’agit même là d’une des façons les plus courantes dont les mots prennent de nouveaux sens. Dès que le nouveau sens s’est bien implanté, on ne peut bien sûr

plus parler de figure de rhétorique : par exemple, un mot aussi courant que verre (au sens de récipient) a une origine métonymique.

Exemples

  • B est une partie de A (synecdoque), comme dans « une lame » pour désigner un couteau ou un escrimeur (« c’est une fine lame »), ou « une voile » pour désigner un voilier : Toutes les gueules noires se rassemblèrent.
  • B est le contenant de A : Ils burent un verre ensemble.
  • B est la matière dont est fait A : Par ce temps-là, mieux vaut mettre une petite laine.
  • B est l’auteur de A : Je ne me lasserai jamais de lire un Zola ou un Maupassant.
  • B est joué par A : Alors le premier violon de l’orchestre attaqua son solo.
  • B est utilisé par A : Mon père est une sacrée fourchette !
  • B est la contenance de A : À l’entrée des joueurs, le stade s’est levé.

Synecdoque et métonymie, sont fréquemment amalgamés.

 

Points communs

  • Ces bruits de bottes → coup d’État militaire, parce que les soldats sont habituellement chaussés de bottes et font du bruit en se rassemblant et en marchant au pas.
  • Garonne → les gens qui habitent près de la Garonne (« la Garonne a envahi le Stade de France »).

 

Synecdoque

Le sens est ici élargi à un ensemble plus vaste comprenant ce qui est désigné par le mot, ou au contraire restreint à un élément contenu en lui (synecdoque du tout ou de la partie), qu’il s’agisse d’une inclusion spatiale ou simplement logique. Exemples :

  • roues → voitures (« la ville est envahie de roues »)
  • bipède → homme (« J’ai vu un bipède monter dans le bus »)

 

Différence entre les deux figures

Si l’on observe les exemples ci-dessus, on remarque que…

  • les militaires peuvent très bien ne pas faire de bruit, se déplacer en tanks, et ne pas porter de bottes. De même, la Garonne n’est pas sortie de son lit. La métonymie a un côté fantastique.
  • en revanche, les roues sont effectivement dans les rues et celui qui est monté dans le bus était bien un bipède. La synecdoque est plus réaliste.

Remarque complémentaire
Il faut faire la différence entre les métonymies et les synecdoques lexicalisées et celles qui

sont nouvelles, poétiques, rhétoriques ou humoristiques.

Dans le premier cas, il n’y a plus réellement de figure. Ainsi, le mot bureau a évolué par métonymie, de la pièce de bure au meuble qu’elle couvrait, puis à la pièce contenant ce meuble (métonymie-synecdoque). Aujourd’hui, nul ne songe à la bure quand il entend parler d’un bureau.

La synecdoque se concentre sur la notion de contenant pour le contenu, de tout pour la partie. Ainsi « J’ai un toit », ou « Boire un verre », sont des synecdoques.

Parfois la différence est difficile à faire : « un fou m’a percutée au coin de la rue ». Peut on considérer que « fou » fait partie de la voiture qu’il conduit ? Si oui, synecdoque, sinon, simple metonymie

Par ailleurs, le rêve n’a aucun moyen de représenter les relations logiques entre les pensées qui le composent. C’est à l’interprétation de rétablir les liens supprimés par ce travail. Le rêve parvient cependant à faire ressortir quelques unes des relations logiques. Il présente les relations logiques comme simultanées. Les relations causales sont représentées par la succession d’un rêve-prologue et d’un rêve principal. Il semble souvent que le même matériel soit représenté dans le rêve par deux points de vue différents. La succession peut également être exprimée par la transformation d’une image en une autre. La conjonction « et » dans le rêve est représenté par l’indécision du récit entre deux éléments « ou bien ou bien ». Par exemple, je vois des amandes ou des coquillages signifie je vois des amandes et des coquillages. Le rêve ne distingue pas un élément de son contraire.

La ressemblance, l’accord, la communauté sont habituellement représentés dans le rêve par le rapprochement, la fusion en un personnage unique ou identification ou en objet unique présentant les caractéristiques de plusieurs objets ou formation composite. Par exemple un personnage présent dans un rêve possède simultanément des traits empruntés à plusieurs personnes, il ressemble à quelqu’un mais avec la barbe ou le visage de quelqu’un d’autre. Il faut alors rechercher quelle est la caractéristique commune à ces personnes ainsi identifiées en une seule par le rêve.

L’apport des éléments du vécu du jour précédent est significatif : parfois le rêve manifeste reprend la moitié d’une phrase qui a été prononcée alors que l’autre moitié de la phrase fait partie du contenu latent. Les jeux de mots et les euphonies voisinent avec la traduction en images de locutions populaires qui sont littéralement prises au pied de la lettre. Parfois les réactions au rêve qui peuvent être verbalisées spontanément devant les images du rêve, font également partie du rêve.

Les sens du rêve

Antonio Zadra , Science et Avenir Hors-Série Le Rêve Dec. 96

On ne rêve pas qu’en images: odeurs, sons ou sensation de douleur, d’origine externe ou interne, sont librement incorporés par le cerveau dans les scénarios oniriques.

Plusieurs études conduites en laboratoire ont montré que des stimuli sensoriels présentés pendant le sommeil paradoxal peuvent influencer le contenu des rêves. Une lampe clignotante rayonnant directement au-dessus du donneur et un stimuli auditif sont incorporés au rêve dans respectivement 23 % et 29 % des cas. La lumière était associée à des rêves où apparaissaient éclairs ou étoiles filantes. Suite à la présentation d’un son très fort, un rêveur a rêvé qu’un avion s’écrasait à l’extérieur de sa maison. Une autre étude a démontré que les stimuli olfactifs extérieurs sont incorporés dans approximativement 20 % des rêves.

Il est ainsi clair que des stimuli externes peuvent affecter l’expérience sensorielle pendant les rêves. Mais qu’en est-il de la prévalence des différents sens dans les rêves ordinaires non stimulés? Les rêves sont visuels pour la majorité des personnes voyantes. Mais les personnes qui ont perdu la vue avant l’âge de 5 ans ne  » voient  » généralement pas leurs rêves. L’imagerie visuelle est variable chez les gens atteints de cécité entre 5 et 7 ans, et elle demeure présente pour les individus devenus aveugles après leur septième année, même si

elle s’estompe avec l’âge. Les sons constituent la deuxième modalité sensorielle la plus fréquemment intégrée dans les rêves. Environ 55 % à 60 % des rêves quotidiens contiennent des références explicites aux expériences auditives. Même si de telles expériences peuvent être associées à divers événements, tels que entendre la circulation ou écouter de la musique, les conversations constituent les sources de sons les plus fréquentes dans les rêves. Les rêves des malentendants congénitaux contiennent des couleurs vives et des couleurs primaires particulièrement hautes en saturation et en intensité. Ceci suggère qu’une privation précoce d’une modalité sensorielle (ouïe) peut accroître la fréquence d’une autre modalité sensorielle (vue).

Un rêve mouillé

Le héros de bande dessinée Little Nemo, créé par Winsor McCay en 1905, expérimente le fait qu’un stimulus extérieur peut être intégré au rêve. En 1958, les études réalisées par William Dement et Ed Wolpert montreront qu’un fin jet d’eau froide appliqué sur la tête d’un dormeur

est incorporé au rêve dans 42 % des cas (le plus souvent sous la forme d’une averse).

Les rêves contenant des odeurs apparaissent dans environ 1 % des rapports de rêves et se retrouvent le plus souvent chez les femmes. Les odeurs expérimentées dans les rêves peuvent être extrêmement déplaisantes (vomissures, ordures) ou très plaisantes (parfums, odeur de pain fraîchement cuit). Les expériences gustatives apparaissent aussi dans environ 1 % des rapports de rêves. Elles font plus souvent référence à la nourriture qu’aux boissons.

Freud pensait que la douleur n’était jamais l’unique cause d’un rêve mais servait plutôt à y incorporer des images oniriques spécifiques. Cependant, une de nos études en laboratoire a montré que les sensations de douleur de tout genre sont mentionnées dans environ 30 % des rêves de sommeil paradoxal recueillis à la suite d’une stimulation de pression de longue durée appliquée à la jambe. D’autres études ont aussi démontré que des rêves de douleur peuvent apparaître pendant les périodes de sommeil paradoxal non stimulées. Ceci indique que les stimuli douloureux ne sont pas nécessaires pour que les expériences de douleur surviennent.

Approximativement 50 % des personnes ont rapporté avoir expérimenté une douleur physique dans leurs rêves à un moment donné de leur vie. Dans une étude menée sur 3 000 rêves racontés par 185 sujets, 18 rêves contenaient des références de douleur physique, souvent intégrées à l’histoire du rêve: avoir mal aux pieds à cause de chaussures inconfortables, coincer sa jambe sous une immense roue, avoir des maux d’estomac dus à une grossesse difficile, etc. Seize de ces dix-huit rêves contenaient exclusivement des affects négatifs, tandis que les deux autres contenaient des émotions négatives et positives. La peur était de loin l’émotion la plus fréquemment citée, suivie de la confusion, de la frustration et de la colère. Les résultats des diverses études suggèrent que les systèmes cognitifs qui contribuent à la

représentation de la douleur pourraient être fonctionnels pendant les rêves. Le cerveau est donc capable de générer une multitude d’expériences sensorielles oniriques, autres que celles faisant appel à la vision.

Rêves typiques

Antonio Fischetti, Science et Avenir Hors-Série Le Rêve Dec. 96

Il y a de ces rêves que nous avons tous éprouvés au moins une fois dans notre existence : chute dans le vide, vol dans les airs, perte de dents, poursuite … Sigmund Freud a appelé  » rêves typiques  » ces scénarios relativement communs. Il attribue une signification sexuelle à chacun d’eux : castration pour la chute, coït pour le vol, masturbation pour la perte de dents… Ces interprétations systématiques, qui semblent issues d’un almanach « rose », sont pour le moins étranges sous la plume de celui qui montre, par ailleurs, que le rêve s’interprète en fonction de l’histoire de chaque individu! Faut-il penser, comme l’écrivain Jean-Louis Baudry, qu’à travers l’analyse des rêves typiques (ou rêves-types), Freud ait voulu « rendre hommage à l’ancienne clef des songes en lui reconnaissant un peu de vérité » ?

Mais pourquoi ces rêves sont-ils si fréquents? Ayant « les mêmes sources chez tous les hommes « , ils seraient, toujours selon Freud, les « résidus archaïques » d’une expérience ancestrale. Son élève Carl Gustav Jung va encore plus loin : il existe en chaque être un « inconscient collectif « , s’exprimant par des archétypes, schèmes mentaux analogues aux instincts. Pour le psychanalyste Roland Cahen, principal traducteur de Jung, le rêve-type serait « un mécanisme prémonté, cousin germain de l’archétype jungien ». Certains psychanalystes relient ces conceptions à celles du neurobiologiste Michel Jouvet, pour qui le rêve correspond à une reprogrammation génétique de l’individu. Les pulsions instinctives, relatives à la survie, au désir de puissance ou à l’angoisse de castration, s’exprimeraient dans les rêves par des scénarios de poursuite, de vol, de perte d’un objet…

L ́état physiologique pendant le sommeil ne serait pas étranger au contenu du rêve. Par exemple le scénario de poursuite serait dû au relâchement musculaire qui accompagne le sommeil, la sensation de paralysie déclenchant un désir instinctif de fuite hérité de nos ancêtres des savanes. J’ai présenté ici quelques interprétations de rêves-types. Elles ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Elles montrent même, en dévoilant la polysémie des rêves, la vanité de toute interprétation systématique. C’est évidemment le contexte individuel et culturel qui donne sens au rêve. Toutefois, sans appliquer de manière rigide la systématique freudienne (« lui-même n’y croyait plus guère vers la fin de sa vie « , rapporte le psychanalyste Gérard Bonnet), ne succombons pas à son abusif reniement. Le sexe et la mort aimantent les angoisses humaines. Ils pourraient constituer l’armature d’un patrimoine onirique collectif, toile de fond aux multiples facettes dont les rêves-types seraient une des expressions.

Rêver à la mort d’un être proche serait, pour Freud, l’expression déguisée d’un désir inconscient de cette mort, désir remontant à l’enfance où cet être était perçu comme un rival. Ce rêve peut aussi refléter une angoisse d’abandon. C’est le plus fréquent des rêves récurrents chez l’enfant.

Le rêve de chute apparaît fréquemment sous forme d’une « image hypnagogique » à l ́endormissement. Sensation qui pourrait s’expliquer par une désactivation soudaine des neurones. Le cerveau  » plonge  » littéralement dans le sommeil. Cette interprétation purement physiologique ne peut toutefois occulter les résonances psychologiques de la chute, angoisse fondamentale de l’homme. D’après le psychologue Serge Ginger  » le rêve de chute serait comme une mise en garde permanente, un rappel de l’inconscient qui révise les dangers qu’il faut toujours avoir à l’esprit « . Mais la chute peut également s’interpréter au plan

métaphorique. Par exemple une femme peut tomber dans les bras d’un homme. Ce qui fait dire à Freud que la chute symbolise « le fait d’avoir cédé à une tentation érotique ». Chez l’homme, tomber peut signifier « être avalé par un trou »… angoisse de castration assurée. L’interprétation jungienne accorde une moindre place à la sexualité. En effet, les rêves serviraient aussi à compenser les déficiences de la personnalité. Ceux qui « font des projets grandioses, sans rapports avec leurs capacités réelles, rêvent qu’ils volent ou qu’ils tombent. »

Le rêve doit alors être pris comme un avertissement. Si l’on n’en tient pas compte, de véritables chutes peuvent se produire. Jung évoque ainsi le cas d’un homme empêtré dans des problèmes, et qui conçut une « passion presque morbide pour les formes les plus dangereuses d’alpinisme… Dans un rêve, il se vit dépassant le sommet d’une haute montagne et mettant le pied dans le vide ». Voyant que l’homme cherchait inconsciemment une issue définitive à ses difficultés, Jung tenta de le modérer. En vain. Six mois plus tard, l’homme se tua lors d’une excursion en montagne. Mais le « grand saut » peut également symboliser un passage à l’acte positif. Chez un musicien amateur par exemple, il peut s’interpréter comme un désir de « plonger » corps et âme dans sa passion.

Rêver de pendre ses dents a toujours été considéré comme un présage de mort. Il est vrai que pour nos ancêtres, la perte des dents accompagnait effectivement la vieillesse; rien d’étonnant à ce que cette expérience archaïque intègre l’imaginaire collectif. Mais les dents peuvent aussi exprimer un retour à l ́enfance, période où elles tombent également. En psychanalyse, l’évocation de cet événement, un des premiers traumatismes de l’existence, fait parfois resurgir de nombreux souvenirs. Lorsqu’elles paraissent branlantes, les dents peuvent renvoyer à « l’onanisme de la puberté », selon Freud. Le symbolisme, dont il faut bien reconnaître qu’il ne saute pas aux yeux, illustre un des aspects du travail du rêve: la mise en image du langage. En

effet le terme  » branler  » s’applique à une dent prête à chuter, mais aussi à la masturbation! Si cette pratique « honteuse » surgit en rêve, la censure agit : il y a déplacement de l’expression verbale en direction d’un élément étranger à l’ « objet du délit  » : une dent par exemple. L’analogie est encore plus flagrante dans la langue de Freud, où se masturber se dit aussi « s’en arracher une « .

Ceci montre en passant la vanité d’un symbolisme rigide qui prétendrait associer l’appareil dentaire aux organes reproducteurs. Selon sa dénomination, l’onanisme pourrait être représenté par divers objets à travers le monde: un fil électrique en Angleterre (« se tirer le câble »), une paille au Venezuela (« se faire une paille ») ou une scie en Italie (« se faire une scie »)… A propos de scie, la perte de dent évoque souvent l’angoisse de castration. Une association expliquée de manière convaincante par le psychanalyste Gérard Bonnet: « C’est à l’âge où les garçons prennent conscience de la différence des sexes et peuvent ressentir l’angoisse de castration, qu’ils perdent effectivement un élément de leur corps. Ils se disent inconsciemment: si une dent peut tomber, pourquoi pas autre chose? »

Vous êtes dans la rue ou dans un cocktail, devisant tranquillement ; soudain, vous découvrez que vous êtes nu (variante: en slip)! Le public, lui, reste indifférent. Malgré la gêne qui vous submerge, il faut, selon Freud, interpréter ce rêve comme un désir d’exhibition, exprimant la nostalgie du paradis perdu de l’enfance où vous déambuliez dans une innocente nudité. Pour conjurer le désir coupable envers les parents (complexe d ́Oedipe oblige), la censure écarte du rêve les êtres susceptibles d’éveiller un désir, et redouble de précautions en y plaçant des personnages indifférents au spectacle. Mais la nudité peut également se lire de manière imagée. Le sexe serait le symbole d’un sentiment intime et profond, dissimulé derrière les atours sociaux. Le rêve de nudité exprime alors la peur d’être découvert sous sa nature profonde. Mais parfois, ce que l’on cache c’est aussi ce que l’on désire montrer.  » Le sexe est

la métaphore du désir « , résume le psychanalyste Gérard Bonnet, auteur de Voir, être vu (PUF, 1981). La gêne ressentie dans le rêve s’expliquerait par l' » ambivalence entre désir et inhibition » : on a souvent honte de nos souhaits profonds. Dans d’autres cas, « mettre à nu », c’est amener un a événement refoulé à la conscience. Une métaphore qui illustre le travail de mise en images du rêve. « Lors d’un traitement psychanalytique, celui qui fait un rêve d’exhibition est tout prêt de faire une grande découverte, en jouant sur le double sens de ce mot », révèle Gérard Bonnet. Cacher ou révéler.. C est aussi le dilemme de l’inconscient qui, en se projetant sur l’écran du rêve, montre et cache à la fois, dans une dialectique opposant le caché du contenu latent et le révélé du contenu manifeste. Ce qui fait dire à Gérard Bonnet que « tout rêve est un rêve d’exhibition ». Et le rêve de nudité, parce qu’il exprime ce principe sous sa forme la plus caricaturale, serait le « rêve par excellence ».

Voler dans les airs : enfin un rêve agréable.. On attribue parfois la sensation de planer à la relaxation physique et mentale pendant le sommeil. Pourtant le cerveau est autant actif lors du rêve que de l’éveil (ce qu’attestent les tracés électroencéphalographiques du sommeil paradoxal). Pour le neurobiologiste Michel Jouvet, le rêve de vol serait plutôt provoqué par une activation de la sphère vestibulaire, zone du cerveau associée au sens de l’équilibre. Une hypothèse que pourrait confirmer l’utilisation de la caméra à positons, en visualisant l’activation cérébrale. Pour Freud, on s ́en doute, le vol symbolise un septième ciel d’un autre genre. Il exprime des réminiscences de ces « jeux de mouvements si agréables aux enfants « , comme le balancement dans les bras des parents ou le transport  » à bras tendus et courant à travers la pièce » . Ces activités acrobatiques sont censées préfigurer d’autres envolées: s’envoyer en l’air sur une balançoire serait une orme archaïque de plaisir sexuel.

S’élever au ciel, le pénis le fait aussi : l’érection et le vol ont ceci de commun qu’ils représentent un véritable défi à la pesanteur! En témoigne l’image du phallus ailé, courante dans la mythologie. D’ailleurs si l’érection est associée à la puissance, le vol est l’apanage de Superman. Mais le septième ciel n’est pas que sexuel. On peut sublimer. « Le rêve de vol est analogue à certains rêves où l’on excelle dans un domaine donné, comme le patinage artistique », précise le psychanalyste Gérard Bonnet. « Voler de ses propres ailes » peut également représenter un souhait d’émancipation, d’évasion hors de la réalité, de réalisation d’un désir secret. Comme ce patient de Gérard Bonnet qui, depuis de nombreuses années, passe ses nuits à voler: « En fait, il a toujours eu le désir d’écrire un livre. La plume dont il rêve c’est le stylo. Chez un autre patient très timide, le vol représentera le fait d’aborder une fille. » Décidément, on n’en sort pas…